Salut à toi, Camarade !
Une fois n'est pas coutume, parlons cinéma ! Je reviens à l'instant d'une projection au Cinéville de Laval (soyez indulgents, personne n'est parfait !) où était diffusé La Commune (Paris, 1871), film en noir et blanc de 3h30 (la version longue fait 5h45) du réalisateur britannique Peter Watkins (2000).
Eh bien ! Quelle expérience de spectateur !
Le sujet ? Il est dans le titre ! Ce qui est intéressant, c'est le traitement de l'histoire. Tout commence dans un grand hangar, un studio de cinéma où sont placés des décors fictifs (pléonasme, je sais...), ce même hangar où il y a une centaine d'années, George Méliès fit ses premières expériences cinématographiques (ça, c'est pour la petite histoire...). Une équipe filme deux acteurs, on ressert le plan, ils se présentent et décrivent leur rôle dans le film à venir. Ils seront journalistes de la Télé Communale, organe de presse révolutionnaire contrebalançant la propagande de la Télé Versaillaise Nationale. Voilà qui peut paraître loufoque dit comme cela, mais le point de vue est tout à fait intéressant. Les émissions s'affrontent à la télé posée stratégiquement dans un estaminet fréquenté. Le but avoué du film ? Dresser un parrallèle à travers les réflexions des acteurs entre la situation de l'époque et celle que nous vivons actuellement à travers des "micro-trottoirs" anachroniques, des citations du Cri du Peuple ou du Père Duchesne... Peu aisé, me direz-vous ? Eh bien je crois que le défi est relevé. On y voit des réflexions sur internet et les méfaits de la mondialisation émises par des barricadiers armés de baïonnettes... En faisant abstraction de la présence d'une équipe télé et des allusions parfois anachroniques, le film n'a vraiment rien de fantastique. Il retrace à l'aide d'une réalisation on ne peut plus épurée les événements de manière chrnologique dans le XIe arrondissement de la capitale.
Toute critique valable est équilibrée. C'est pourquoi je me dois d'en faire quelques unes un peu plus négatives. On regrettera tout d'abord l'absence des grandes figures telles que Jules Vallès, Charles Delescluze, Gustave Courbet ou encore Louise Michel. Certain auront tout de même le privilège de bénéficier de plusieurs mentions tout de même... On remarque également le choix tout à fait partisan et orienté du réalisateur, frôlant parfois même le cliché du Révolutionnaire... Cela étant dit, qui sommes-nous pour juger de la véracité des réactions des acteurs-Communards, et quand on en a conscience, cela devient beaucoup moins gênant. Pour les dialogues, on a l'impression qu'ils ne furent pas appris, mais vaguement répétés. Ceci a certes l'avantage de pourvoir les acteurs d'une certaine authenticité, mais dans la confusion des bafouillements et des hésitations de certains, le fond de la tirade, le message délivré est parfois assez confus (dans la limite, bien entendu, de la compréhension).
Enfin... Le point vraiment positif, c'est ce mélange de description du passé et d'analyse contemporaine. C'est là toute l'essence du film. Bref, un vrai film alternatif comme on aimerait en voir plus souvent. Et un véritable choix citoyen de programmateur de la part du Cinéville (comme je l'ai dit plus haut, une fois n'est pas coutume).
A la revoyure !
PS : On notera également l'amusante préface par le réalisateur lui-même qui se filme en gros plan pour s'excuser d'avoir été produit par 13 Productions, sous-catégorie du grand groupe Lagardère possesseur également de Matra qui fabrique les armes que la France exporte. Peter Watkins tient à nous assurer qu'il apprit cela tardivement et qu'en aucune manière la production n'essaya d'appliquer la moindre pression en ce qui concerne le traitement de la question et du message. Un beau réquisitoire, en tous cas...
publié par Rouge Gorge dans: lerougegorge